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Maintenance dans l’aéronautique : “ La maintenance ne se réduit pas à l’entretien ou au changement d’une pièce.”

Tribune | IT SHAKER | Le lundi 12 oct. 2020

Trois questions à Cédric Cambournac, expert maintenance aéronautique


Quelle fonction exercez-vous dans la maintenance et quel est votre parcours ?

Je suis “supervisor” et je travaille en premier lieu pour l’entretien et la disponibilité des hélicoptères qui sont des appareils militaires très utilisés dans le contexte actuel du pays. Après avoir travaillé dans plusieurs pays du monde et en particulier au Moyen-Orient, j’ai l’habitude d’exercer dans des pays en conflit ou sous embargo. Ce contexte implique une gestion du personnel au plus proche de chacun des intervenants, qu’ils soient pilotes ou mécaniciens. 60 % de mon travail réside dans le management des hommes et des compétences de mon équipe, car il n’est pas toujours évident d’effectuer un travail optimal dans un environnement hostile…

Je suis arrivé un peu par hasard dans l’aéronautique. J’ai une formation initiale en électronique et mécanique automobile, enrichie par cinq années de formation spécifique à l’armée. Je me suis rapidement orienté vers la maintenance aéronautique et plus particulièrement la maintenance nouvelle génération sur hélicoptère EC665 Tigre d’Airbus. Dans la mesure où j’ai des compétences très spécifiques, j’ai pu évoluer dans diverses organisations et enrichir mon savoir-faire managérial, élément essentiel de mon métier aujourd’hui !

Quelle est votre définition de la maintenance ?

La maintenance ne se réduit pas à l’entretien ou au changement d’une pièce, surtout en aéronautique. La conséquence majeure d’une défaillance sur un hélicoptère, c’est le crash. Mon métier implique de fait une grande responsabilité vis-à-vis des pilotes qui placent en moi leur confiance pour les mettre à l'abri de la moindre défaillance technique.

Mon métier est donc régi par une réglementation stricte. Cela passe par une documentation détaillée afin d’obtenir un maximum de support pour la maintenance des machines en lien direct avec le constructeur.

De par le contexte, je suis plus souvent amené à faire de la maintenance curative face aux difficultés d’approvisionnement. La maintenance préventive, ce serait de suivre la documentation constructeur à la lettre et de changer par exemple une pièce ayant une durée de vie limitée à 3000 heures de vol sans retard pour x raisons. Si en France, la problématique ne se pose pas, au milieu du désert dans un pays sous embargo, c’est plus complexe.

Je crois qu’à mon niveau, il faut une réelle dose de passion pour la mécanique, car au-delà de l’entretien ou du remplacement d’une pièce, j’essaie avant tout de comprendre pourquoi une pièce casse. Le coût peut être très élevé si l’on fait les mauvais choix de maintenance !

Qu’en est-il de la digitalisation dans votre métier ?

En aéronautique, la digitalisation est inhérente au métier de la maintenance. L’ensemble de notre documentation est donc numérisé. Nous n’avons pas d’autre choix pour rester en lien avec le constructeur et répondre aux normes spécifiques du secteur. Depuis longtemps, et notamment pour les cas de défaillance entraînant des pertes humaines, tout le processus de suivi et entretien des appareils s’effectue via des logiciels spécifiques. La question de l’adoption du digital se pose moins que celle des compétences de départ des techniciens qui doivent intervenir.

Dans mon métier, nous sommes pour la plupart très qualifiés en mécanique ou électronique et pour ma part j’ai eu accès à des cours d’usage des outils numériques pendant ma formation initiale. Aujourd’hui, même les titres des diplômes ont changé et j’ai bien plus de difficultés à identifier les bonnes compétences dans mon équipe qu’à adopter le digital !



À propos de :

Après 16 ans de métier, Cédric Cambournac est expert maintenance aéronautique depuis trois ans pour le gouvernement Qatari. Il gère au quotidien un parc de 21 hélicoptères et une vingtaine de personnes. Au-delà des compétences techniques et dans le contexte géopolitique actuel, son rôle de responsable de la maintenance tend plus à éprouver son savoir-faire managérial qu’à faire évoluer son métier dans le numérique.


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