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Maintenance hospitalière : comment satisfaire l’objectif zéro défaut ?

Tribune | IT SHAKER | Le lundi 2 nov. 2020

Trois questions à Emmanuel Noé, ingénieur en chef hospitalier au CH de Rodez.


Chaque secteur d’activité comporte ses propres particularités, quelles sont celles de la maintenance hospitalière ?

Contrairement à la plupart des secteurs d’activités, les hôpitaux ne connaissent aucun temps d’arrêt. Les ressources humaines et techniques sont appelées à pouvoir fonctionner à 100% : 24 heures sur 24, chaque jour de l’année. Nous avons donc l’obligation d’avoir un système de maintenance de très haut niveau avec un objectif zéro défaut.

Notre rôle consiste à s’assurer que le personnel soignant soit capable de traiter ses patients sans avoir à se soucier de l’état des équipements ou du bâtiment. Chez nous, une panne ou un incident ne sont pas envisageables : tout est fait afin de les éviter. Pour cela, la première étape a été la mise aux normes de nos systèmes. Au Centre Hospitalier de Rodez, nos services techniques sont doublement certifiés ISO.

La première approche ISO 9001 permet d’assurer des process et une traçabilité exemplaire qui nous amènent à tendre au maximum vers le zéro défaut.

La seconde, celle de l’ISO 50001, norme de management de l'énergie, nous permet de contrôler notre consommation d’énergie,en partie via la gestion de la maintenance. En tant qu’hôpital, nous sommes de gros consommateurs d’énergie et nous avons une réelle responsabilité à l'échelle de l’établissement et de la planète.

A travers nos deux casquettes ISO, nous sommes capables de mettre en œuvre des plans d’action pour la maintenance préventive et curative au sein de la structure, que nous gérons via un système de GMAO.

Que doivent justement apporter les nouvelles technologies de “maintenance 4.0” dont nous entendons beaucoup parler ?

Quelle que soit la technologie mise en place, Intelligence Artificielle, IoT ou GMAO, tout est une question de volonté et de moyens à mettre en œuvre. Il ne faut pas oublier que l’on parle d’outils qu’il faut savoir paramétrer. Au final, c’est le personnel hospitalier qui l’utilise et doit pouvoir s’en servir comme d’un appui.

Ces solutions innovantes doivent être mises en place pour faciliter la tâche de l’homme et dans notre cas, pour atteindre notre objectif de zéro défaut. Par ailleurs, ces technologies ont un coût plus important, il faut pouvoir en mesurer la rentabilité. Nous devons pouvoir mettre l’humain à disposition de l’humain : les laisser soigner les patients sans se soucier de problèmes techniques, et cela à un coût maîtrisé.

Chaque intervention et chaque anomalie constatée sont enregistrées dans notre logiciel de GMAO. Il centralise l’information et constitue la mémoire vive de l’hôpital.
Concernant la maintenance prédictive, nous la mettons en place aujourd’hui sous différentes formes. Premièrement, une partie des équipements modernes comme les scanners et IRM sont déjà équipés de capteurs gérés directement par les constructeurs ou fabricants. Ces équipements récupèrent assez de données pour générer des statistiques. Leur analyse permet de planifier les interventions nécessaires, avant qu’une panne ne se produise.

Nous avons aussi un outil de Gestion Technique Centralisée (GTC) qui permet de piloter et suivre à distance le fonctionnement d’équipements comme les groupes électrogènes ou les climatisations. Le système d’alarme permet de faire remonter les défauts avant d’avoir une demande d’intervention des utilisateurs : nous sommes capables d’envoyer un agent avant que l’anomalie soit repérée sur le terrain.

Pour vous, quels sont les enjeux du responsable de maintenance de demain ?

Les équipements actuels sont enrichis de technologies demandant de plus en plus d’entretien, de maintenance, de logiciels : la complexité augmente de jour en jour et le coût global avec.

Dans le cas d’un bâtiment hospitalier où les enchevêtrements de métiers et d’actes en font un des environnements les plus compliqués à gérer, après celui d'une centrale nucléaire, le responsable maintenance a pour mission de contenir les risques et de limiter les contraintes. Or, l’évolution des technologies fait que tout s’interface et s’interconnecte via l’outil informatique.

Au risque de me répéter, je considère que la technologie existe pour simplifier le travail des humains. Pour moi, le ratio bénéfices/contraintes rencontre sa limite lorsque le système devient trop complexe pour être géré efficacement.

La spécialisation de chaque technologie va voir émerger un nombre croissant de spécialistes capables de maîtriser un maillon de la chaîne. De nombreuses questions vont alors se poser. Comment faire communiquer les spécialistes entre eux ? Quelles compétences acquérir pour maîtriser la globalité de la chaîne ?

La personne chargée de la maintenance “du futur” sera capable de gérer ce navire entièrement connecté, où un simple bug informatique peut paralyser l’ensemble d’une structure. À mon avis, c’est un nouveau métier avec des défis bien réels qui attend les responsables de maintenance de demain.


A propos de Emmanuel Noé

Issu d’une formation d’ingénieur en génie civil, Emmanuel Noé commence sa carrière au Centre Hospitalier de Cahors. Il entame alors une mission de 11 ans ayant pour but de gérer l’opération d’humanisation et restructuration de l’établissement. Emmanuel Noé en profite alors pour réaliser une thèse professionnelle et compléter son parcours avec un diplôme d’ingénieur biomédical.

C’est ainsi qu’il est embauché par le CH de Rodez, site hospitalier comptant 700 lits et qui avait déjà été reconstruit. Son challenge consiste ici à réhabiliter l’existant et installer de nouveaux équipements tout en assurant le volet maintenance afin d’assurer la continuité de fonctionnement des installations en place.

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